Stéphane Denizot est un photographe qui vis à Saint-Dizier en région Champagne-Ardenne, et s’investit énormément dans le monde de la photographie.
Animateur socio-culturel, co-fondateur du Festival International de Photo Animalière et de Nature où tous le connaissent, il possède une culture photographique impressionnante. C’est aussi quelqu’un qui aide et transmet son savoir sans compter.
Il a accepté gentiment de répondre à nos questions, alors nous vous proposons de venir découvrir qui est Stéphane et son rapport avec la photo à travers notre interview :
PenserPhoto : Comment t’es venue ta passion pour la photographie ? Quelle place prend-elle dans ta vie ?
Stéphane Denizot : J’ai découvert la photo vers l’âge de 12 ans. C’était en 1974, j’ai cassé ma tirelire pour acheter mon premier reflex : un ZENITH E, un appareil quasi incontrôlable et entièrement manuel ! A l’époque j’apprenais aussi la musique mais je me suis vite aperçu que mon oreille n’était pas bonne, c’est peut-être pour cela que le visuel a pris le dessus au point de devenir une passion dévorante. En même temps j’ai rencontré des personnes qui m’ont fait découvrir l’ornithologie et la nature et je me suis orienté vers le métier d’animateur socio-culturel. Tout s’est enchaîné logiquement. J’ai suivi des stages de techniques photographiques et d’audiovisuel pour pouvoir apprendre aux autres les rudiments de la photographie et du laboratoire couleur ou noir et blanc. Même si le métier d’animateur a évolué au fil du temps, la photographie occupe une place prépondérante dans mon quotidien, mon travail, mes loisirs et avec une activité professionnelle complémentaire développée depuis peu.
PenserPhoto : Donc voilà les oreilles des voisins soulagées pour le plaisir de nos yeux !
Novembre arrive bientôt avec le Festival International de Photographie Animalière et de Nature à Montier-en-Der. Je sais que tu t’y impliques depuis le début, quel à été ton rôle dans le développement de cet événement, et quelle place tu y occupes maintenant ? Toutes ces rencontres et ces partages ont du jouer énormément sur ton évolution au sein de la photo !
Stéphane Denizot : Le Festival de la Photographie animalière et de nature est l’affaire d’une poignée de passionnés qui ont su communiquer cette passion à des centaines de bénévoles. Au début, voilà déjà 14 ans, j’ai lancé l’idée d’organiser un concours photo. Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd mais personne ne savait comment faire. Le soir même je commençais à rédiger le règlement du concours. En tant qu’organisateur j’ai eu le plaisir de voir toutes les images présentées, soit jusqu’à plusieurs milliers de tirages par concours. Aujourd’hui, je suis toujours conseiller technique et j’apporte mon grain de sel pour orienter et redéfinir les bases du concours. Cela est d’autant plus utile que l’évolution du concours s’oriente vers le tout numérique. Mon optique est de préserver la qualité du concours et du jugement plutôt que de se focaliser sur l’aspect purement technique de la gestion des images, cela est bien compris par les organisateurs. Le concours et le festival ont fait progresser le regard que j’ai sur l’environnement. Chaque année je rencontre des juges différents et des photographes connus qui expriment leurs propres sensibilités et qui parlent de leur métier. Tous les ans, après avoir vu des milliers de photos sublimes, après avoir entendu des paroles extraordinaires ou des récits de voyages photographiques atypiques, j’ai comme un sentiment de découragement, tant il y a de chemins à emprunter et progrès à faire. Cela ne m’empêche pas d’avoir eu la chance d’exposer à plusieurs reprises au festival de Montier-en-Der, lorsque je sentais que le sujet que j’avais en valait la peine. Au final, le concours photo est devenu ma petite piqûre de rappel annuelle qui me fais avancer et réfléchir un peu plus sur ma propre démarche photographique.
PenserPhoto : D’après les premières informations, le niveau de cette année est très élevé et je pense que l’on va avoir une fois de plus un festival inoubliable !
Pourrais-tu nous parler plus de tes expositions ? Tu dis que le sujet dois en valoir la peine, quel sont tes critères et quel message cherches-tu à transmettre ?
Stéphane Denizot : Oui je pense que l’évolution des matériels favorise les belles images, tout le monde peut un jour ou l’autre réaliser l’image digne de figurer à un grand concours.
Pour mes expositions au festival il y a eu « Rives et rivières du Nord-Haut-Marnais », « Un monde sans lumière » et « Un lac à la rame ». J’ai aussi participé à des expositions collectives comme « Regards intérieurs sur le lac du Der » ou « La biodiversité en Haute-Marne » et « Eau dessus eau dessous ». Ce qui m’intéresse c’est de montrer qu’il n’y a pas besoin d’aller ailleurs que près de chez soi pour trouver un sujet et approfondir ses connaissances. Ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure est souvent source de découvertes, après c’est le regard qui compte. Si on admet que tout a déjà été photographié par quelqu’un d’autre partout dans le monde, autant explorer l’environnement proche et le faire découvrir à tout un chacun à travers les photos. Je ne cherche pas nécessairement à délivrer de message politique ou militant. Je rappelle simplement que dans un monde où tout nous est accessible, il est nécessaire de respecter et d’accorder un peu d’importance à toute chose.
Paysage du lac du Der (à braucourt)
Paysage du lac du Der (à Braucourt).
PenserPhoto : Il faut préciser que tu habites une région réellement magnifique ! Quels sont tes méthodes de travail, ta manière d’appréhender tes sujets et d’exprimer ton regard ? Y a-t-il un type de matériel avec lequel tu te sens le plus à l’aise par exemple ?
Stéphane Denizot : J’ai la chance d’avoir des grands massifs forestiers à moins d’un kilomètre de chez moi, le lac du Der tout proche, le parc naturel de la forêt d’Orient et celui de la Montagne de Reims un peu plus loin et bientôt le parc National de forêt de feuillus entre Champagne et Bourgogne à proximité… Autant dire que les sujets de photo nature ne manquent pas !
Pour la méthode de travail c’est souvent du repérage et je me suis aussi constitué une base de données pour connaître les habitudes des animaux. J’utilise de plus en plus les ressources de l’Internet avec les vues aériennes, la cartographie IGN pour trouver des sujets. Pour l’exposition « Eau dessus, eau dessous » j’ai également utilisé les documentations éditées par les associations de spéléologues, cela m’a permis de trouver des gouffres, des résurgences ou des grottes naturelles dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Le GPS est devenu un outil pratique et complémentaire qui me permet de m’éloigner des sentiers forestiers. Même si la « billebaude » reste un plaisir, je suis convaincu que la connaissance du sujet ou du terrain permet de réaliser de meilleures images. Connaître mon sujet me place dans une bonne disposition mentale, après, avec un peu de chance, il y a parfois de bonnes surprises.
Depuis toujours j’ai l’habitude d’utiliser différents matériels et objectifs mais j’aimerai bien avoir un matériel plus polyvalent et moins lourd pour économiser mes épaules ! Le 70/200mm à f/2.8 est assez plaisant à utiliser aussi bien pour les détails de nature que pour les portraits. Je prépare toujours mon fourre-tout en fonction de l’objet de ma sortie. Pour l’animalier, je suis à contre courant, j’aime bien le 300 mm f/2.8 alors que tout le monde ne jure que par le 500mm !
PenserPhoto : Au plus près du sujet alors !
Il y a deux ans, à la remise des prix du concours international de la photographie animalière et de nature, tu t’es proclamé « amateur » dans un discours, en insistant sur le sens étymologique du mot : « celui qui aime ». Dans une période où devenir professionnel est un objectif très convoité et de plus en plus dur, c’est aussi une façon d’être à contre-courant, de passer un message ?
Stéphane Denizot : Pour moi être photographe amateur n’a rien de péjoratif et cela n’empêche pas le savoir faire et la maîtrise technique. Je crois qu’il ne faut pas perdre de vue que la photo personnelle ou à caractère artistique est d’abord faîte pour soi tandis que la photographie professionnelle répond à une demande ou à une commande précise, avec des critères définis à l’avance. L’amateur a la chance de pouvoir se faire plaisir. J’ai fait l’exposition « Un monde sans lumière » sur l’univers des carrières souterraines de pierre. Le sujet n’aurait jamais intéressé personne dans un cadre professionnel.
Etre photographe amateur c’est tenter de montrer des choses selon ses propres coups de cœur. La photographie est un bon moyen d’interpeler le spectateur et de montrer ce qu’il n’a pas l’habitude de voir. Le rôle de la photographie c’est aussi d’exprimer une sensibilité, au passage si mon travail permet de rappeler combien certaines choses, en apparence banales, sont précieuses, je ne m’en prive pas. Dire aux gens que réveiller une chauve-souris en pleine hibernation la tue aussi surement que de l’écraser d’un coup de talon est une image qu’il faut avoir à l’esprit quand on se prétend « amateur ». A l’heure où la biodiversité et la préservation de la nature sont au centre des préoccupations, ce serait plutôt un courant naturel vers lequel devraient se diriger tous les apprentis photographes naturalistes.
Pour parler du concours de Montier en Der, il y a heureusement beaucoup d’amateurs qui sont primés devant les professionnels de l’image nature. J’aime répéter aux participants qu’il faut d’abord se faire plaisir et accepter que son image ne soit pas choisie par le jury. La photographie de nature et la photographie en général génère beaucoup de fantasmes; il faut savoir raison garder et faire la part des choses.
PenserPhoto : Il y a donc deux facettes de ton travail photo puisque tu offres aussi des prestations photo à travers “Au Coeur de l’Image”. Tu pourrais nous parler de ce projet professionnel ?
Stéphane Denizot : Depuis plusieurs années, je collabore avec des agences photographiques mais l’idée de mettre mes compétences et de rendre mes images disponibles au plus grand nombre est assez récente. Pour mon activité professionnelle, il s’agit d’un complément qui me permet d’évoluer et de réaliser des photos dans de nouveaux domaines. Ce statut me permet de répondre aux diverses demandes et de satisfaire certains besoins dans un marché saturé où la concurrence est difficile. Pour moi c’est un moteur qui m’encourage à optimiser un faisceau d’expériences techniques et de matériels sans pour autant écraser les plates bandes des autres photographes locaux que je connais bien. A l’avenir, je pense développer des services pour favoriser l’apprentissage photographique.
Lever de grues cendrées au Lac du Der
Lever de grues cendrées au Lac du Der.
PenserPhoto : C’est le moment de l’interview où nous te laissons passer un message de ton choix, que tu avais préparé avant. Tu as choisi le thème de l’évolution de la photographie d’auteur, plus précisément de son côté artistique. Aucune censure, la parole est à toi !
Stéphane Denizot : Oui, je t’avais adressé une virulente réflexion intitulée « L’art c’est que dalle ! »
Je te laisse le soin de la publier dans cette suite de questions, puisque la libre expression est de mise. Je laisse aussi chacun se faire sa propre idée du sujet.
La photographie n’a jamais cesser d’alimenter des fantasmes et des délires vénaux de photographes prétendus pseudo-artistes et en manque de reconnaissance. Sur un forum un photographe pousse un coup de gueule contre une galerie en ligne qui permet aux auteurs de vendre des tirages. Un autre critique les photos dénonçant le caractère trop amateur (pour ne pas dire pitoyable) des œuvres présentées. Tous deux appellent au scandale, dénonçant ce qui, à leurs yeux, mériterait une noble étiquette qui porterait l’image photographique au rang d’œuvre artistique. L’estocade finale est portée par un troisième internaute qui définit l’œuvre artistique par une suite de tirages numérotés, limités et signés, justifiant selon lui un prix couteux. Un prix que peu de fanatiques seront prêts à débourser pour s’acheter l’accessoire d’une belle image qui ornera, un temps, le salon.
Toutes ces visions sont autant restrictives qu’archaïques dans un monde ou l’art se démocratise sur tous les supports et dans tous les médias. Rattacher la valeur artistique au prix de l’œuvre n’a pas de sens. Qui n’a pas ressenti une palpitation devant une photographie, pourtant ridiculement petite, vue sur un site internet. Qui n’a pas rêvé de faire cette image là. Cette image même qui n’existe que sur le net, que son auteur ne diffuse nulle part ailleurs, celle qui ne sera jamais mise en vente.
L’art n’existe que dans nos yeux, il n’est pas définit par un mode de production, un numéro de série, ou un type de support. Ma sensibilité artistique est mienne, sans doute différente de la vôtre et c’est tant mieux. La photographie numérique, l’internet et les moyens de diffuser les images ne sont ni une injure ni une parjure pour l’art. L’art n’est ni une technique ni une doctrine, il s’exprime tout simplement, quelque soit le support de diffusion.
Nous assistons à une évolution dans les mentalités ce qui déclenche des réticences passionnées. L’immatérialité de la photographie numérique fait de tout un chacun un artiste potentiel et le plus souvent occasionnel. Chacun tente alors sa chance, estimant mériter de figurer parmi d’illustres inconnus mais sans être forcément meilleurs qu’eux. Certains attribuent une valeur matérielle, souvent ridicule à ses œuvres, car l’utilisateur ne conçoit pas d’investir plus que le prix du tirage papier. L’auteur compte souvent moins que le contenu de l’image coup de cœur. C’est sans doute cela que reprochent avec véhémence une poignée de photographes attachés à leurs privilèges d’artistes-amateurs qui en passant se promulguent volontiers auteur photographe et de préférence fiscalement non déclarés.
Nous vivons dans un monde où l’image photographique numérique abonde. Cette marée d’images accroit l’offre dans un domaine où la demande est balbutiante dans nos pays.
Bien sûr, il n’est pas question des micro-stock où on fait croire que l’on peut gagner de l’argent avec des photos vendues à un euro. Ni des achats massifs au rabais de droits de diffusion où on se fiche des droits patrimoniaux pourvu que la photo finale soit une toile de plus d’un mètre de long, sérigraphiée et vendue à 15 € dans un magasin de bricolage.
La vente de photographies d’auteur subit une mutation profonde, générant le plus souvent des revenus marginaux et aléatoires. Le contenu artistique de l’image n’est souvent pas le premier intérêt de l’acheteur qui voit la possibilité de se faire plaisir à moindre coût.
En vérité la photographie c’est pour le plaisir et l’art c’est que dalle !
PenserPhoto : Ton message est très dur. Mais de la part d’une personne qui s’implique autant dans le monde de la photo et aussi généreusement il n’en est que plus fort et dois nous faire réfléchir. Dans tous les cas, cela confirme que tu n’as pas la langue de bois.
Avant finir cette interview, il nous reste une question. Le slogan du site PenserPhoto.com est “Et si on faisait avancer la photo ?”. Alors toi, que penses-tu avoir fait ou voudrais-tu faire qui fasse avancer la photo ?
Stéphane Denizot : Je reste modeste, je ne pense pas faire avancer la photo tout seul dans mon coin. Lors de nos échanges amicaux, nous avons discuté des différentes façons d’aborder la prise de vue ou la retouche numérique. En répondant à cet interview, j’ai la possibilité de donner un éclairage sur ma pratique photographique et peut-être interpeller ou faire réfléchir le lecteur. Je ne crois pas que « penser photo » soit une vision élitiste, on apprend et on se nourrit toujours à connaître l’expérience d’un autre. Même si tout n’est pas simple ou immuable, parler de ce que l’on connaît et de ce que l’on maîtrise, fait naturellement avancer la photo.
PenserPhoto : Merci beaucoup pour tes réponses, bonne continuation et à bientôt au Festival international de la Photographie Animalière et de Nature à Montier-en-Der.
Site personnel de Stéphane Denizot : 2,8 Photographie,
son site professionnel : Au Coeur de l’Image
Plus d’informations sur le Festival International de Photo Animalière et de Nature
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Un commentaire pour “Interview de Stéphane Denizot – Au plus près du sujet !”
Oodini Répondre 09. oct, 2010 à 2 h 02 min
Stéphane Denizot semble animé de principes très nobles, et je le salue pour cela.
Je crois toutefois déceler entre les lignes une tristesse, un pessimisme, une résignation….
Répondre
L’auteur
L’auteur de cet article est Benoit Jauffrion qui a écrit 38 articles sur PenserPhoto.com.
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